Cet article de France Matin de mercredi, dans la même veine que celui du Point, relaie la désinformation qui règne sur le passage du parlement français à Ubuntu Linux. Je ne suis pourtant pas un fervent admirateur d'Ubuntu, mais je ne pouvais pas laisser passer ça.

Voici donc quelques perles (Le Point):

Le Parlement allemand, qui avait lui aussi opté pour le logiciel libre en 2002, vient de faire machine arrière.

Malheureusement, des milieux mieux informés sur la question ont noté que Le Parlement allemand avait juste brandi la menace Linux pour que Microsoft fournisse les sources de Windows NT. Comme Microsoft a cédé, le parlement allemand n'a tout simplement pas migré vers Linux (et a donc forcément encore moins fait machine arrière). C'est pour cette raison qu'il n'y a aucune trace sur le web de cette migration.

A ce stade, on se dit qu'ils auraient pu se renseigner. Mais il y a encore pire (France Matin):

[...] la Fondation qui porte et finance les évolutions d'Ubuntu n'est autre que la propriété d'un multimilliardaire sud-africain, dont l'origine des fonds d'ailleurs est parfois discutée.

Là on est à la limite de la diffamation ! Je pense que nombreux sont ceux qui parmi vous savent que Mark Shuttleworth s'est enrichi en vendant sa société de certificats électroniques (Thawte) à Verisign. Je n'ai jamais vu nulle part d'indice parlant d'autre chose de moins reluisant, et là on parle de rumeur et d'aucune source... Elle a bon dos la rumeur.

En effet, si l'utilisation des logiciels « libres » est gratuite, elle entraîne d'importants frais secondaires. Certains élus ont ainsi souligné qu'en 2006 Bercy avait conclu un marché de 39 millions d'euros pour la maintenance du nouvel équipement

Cherchez l'erreur: déjà l'utilisation de logiciels libres n'est pas forcément gratuite (libre ne veut pas dire gratuit), mais surtout on parle d'un chiffre sans citer combien aurait coûté une migration à une autre version de Windows (qui bien sûr dans l'esprit du journaliste, n'a besoin ni de maintenance, ni de formation, ni de nouveau matériel). Bien sûr, il est si facile d'installer Windows Vista sur une machine d'il y a 4 ans.

Les deux torchons méritent le coup d'oeil, ne serait-ce que pour voir le type d'arguments fallacieux dont on risque d'entendre parler encore dans les prochains jours. Car convenons en, il est inévitable que certains grognent dans une migration d'une telle ampleur. D'abord parce que cela demande un changement dans les habitudes des députés et de leurs équipes, mais aussi parce que cela arrive dans toute migration informatique. Une migration à Windows Vista aurait entraîné autant de ronchonnements, et le problème de pilotes indisponibles aurait été similaire.

Ajoutez à celà la visibilité qu'a Linux à la télévision française (Linux dans l'émission de Laurent Ruquier) et vous comprendrez que le chemin est encore long pour ceux qui veulent changer les mentalités... Je me rappelle encore à la sortie de Windows Vista, la RTBF parlait de Linux, alors qu'en France, Bill Gates était invité au journal de 20H

EDIT:L'article du Point est effectivement bien antérieur à celui de France Matin, merci à Gnunux pour sa remarque.