Impressions
Christine
is watching you !
J'ai fait partie du cortège anti HADOPI les 25 avril et 1er mai derniers.
J'ai pu y voir, écouter, et parfois discuter, avec certains acteurs du débat
comme Patrick Bloche (député PS),
Nicolas Dupont-Aignan
(député divers droite) et Alain Lipietz (député européen
vert).
Il semble que Corinne Lepage ait fait
partie un moment du cortège, dommage, j'ai cru qu'elle n'y était pas ne l'ayant
pas croisée. J'aurais eu quelques questions à lui poser. J'ai aussi pu livrer
mon opinion au blogueur du site
geekmaispastrop.com (j'adore ce nom, il me correspond bien :-) - je suis le
dernier geek interrogé).
J'ai été néanmoins déçu sur certains points durant ces manifestations :
- La faible mobilisation (environ 300 personnes pour 1500 inscrits le 25
avril)
- Les pancartes "nous sommes tous des pirates libres", et les slogans
"partageons la culture" que l'on pouvait voir, qui ne font que décrédibiliser
le mouvement : les gens qui nous voient se disent "tiens, voilà les pirates qui
défilent".
- L'éternel débat sur la licence globale, qui n'est pas une solution à mon
sens (j'y reviendrai)
- La diffusion de musique non libre à la manifestation du 25 avril, et donc
en infraction flagrante avec la législation sur le droit d'auteur.
Évidemment, je ne veux pas jouer les blanches colombes, que celui qui n'a
jamais téléchargé quelque chose illégalement leur jette la première pierre.
Mais j'étais personnellement à ces manifestations pour protester :
- contre le flicage massif
- contre la fin de la présomption d'innocence
- contre la délégation du pouvoir judiciaire à des entités privées ou à une
autorité étant juge et parti
- contre la triple peine (coupure de ligne, paiement de l'abonnement internet
exigible malgré la coupure, possibilité de poursuites par les ayants droits
toujours possible malgré les sanctions de l'HADOPI)
- contre l'atteinte aux logiciels libres et aux utilisateurs d'OS alternatifs
qui devraient payer et installer le mouchard HADOPI (s'ils le peuvent, si une
version est prévue pour ces OS), qui serait non-libre, et porterait atteinte à
la vie privée
- pour une juste rétribution des artistes : la loi "Création et Internet"
pense à tout sauf à eux, les conditions étant taillées pour les "poules aux
œufs d'or" des majors, et pas du tout pour la grande majorité des artistes
Je vois donc au moins deux clans : ceux qui veulent pouvoir continuer à
télécharger de la musique (bien souvent des partisans de la licence globale -
c'est l'impression que j'ai eu), et ceux pour qui le principal est d'éviter le
flicage massif et préserver les libertés individuelles (comme le droit à
l'Internet).
La licence globale
Mais revenons sur la licence globale. Mon opinion est qu'elle créerait une
dîme supplémentaire pour les majors sans les inciter à évoluer. On voit déjà la
difficulté de modifier les montant de la taxe pour copie privée. Les dernières
négociations visaient à réévaluer son montant pour en retirer la compensation
du manque à gagner dû au téléchargement illégal (il est interdit de tirer un
revenu d'une activité illégale). Alors que le but de départ était d'inciter sa
baisse, il avait pourtant été
difficile de stabiliser le montant de la taxe pour copie privée, et elle
pourrait repartir à la hausse, ce qui est tout de même un comble ! La licence
globale ne serait qu'une vache à lait pour les majors.
Autre argument : comment se mettre d'accord pour l'assiette de cette taxe ?
Si le monde la musique veut sa part, le cinéma, le monde des éditeurs de
logiciels commerciaux (notamment les éditeurs de jeux), la presse (on peut
télécharge illégalement un livre), bref tous les producteurs de contenu,
demanderont (et à juste titre) leur part. Le seul moyen de justement les
rétribuer, sera, à nouveau, de recourir au flicage, pour savoir ce qui a été
téléchargé. Je ne vous raconte pas le mic-mac pour la gestion des droit à
l'international. Je ne vois ici qu'une autre usine à gaz.
Ensuite il faudrait la rendre obligatoire, comme la redevance télé, pour
ceux qui profitent d'une connexion Internet. Ce qui serait profondément injuste
pour ceux qui né téléchargent pas illégalement (déjà qu'ils paient les majors
pour graver leurs photos de vacances...). Et si elle était facultative (en gros
tu paies 10€ de plus sur ton abonnement et tu télécharges ce que tu veux), il
faudrait fliquer tout les autres pour vérifier qu'ils n'enfreignent pas la loi,
on en revient donc toujours au même point.
Une solution parmi d'autres...
Il y en a sans doute plein, mais une HADOPI qui inflige des amendes plutôt
que des sanctions de coupure, et ne bafoue pas les droits de la défense me
conviendrait, ce serait un compromis acceptable. Tout le monde pourrait y
trouver son compte, les citoyens honnêtes comme les maisons de disque.
"Oui, mais le lien entre téléchargement illégal d'une oeuvre et baisse des
ventes n'est pas établi, et tout téléchargement n'est pas une perte sèche pour
l'éditeur" me diront certains. Certes, dans une certaine mesure. Je pense que
le téléchargement illégal a ses vertus tout comme il a ses vices. Mais ce n'est
pas au public d'imposer ses envies aux artistes. C'est aux artistes de se
rendre compte qu'il existe d'autres possibilités, d'autres modèles économiques.
En choississant de licences libres ou de libre diffusion, il est plus simple de
se faire connaitre, mais celles ci sont freinées par les sociétés de gestion de
droit. Par exemple la SACEM ne permet pas à un artiste de diffuser lui même sa
musique ou de diffuser certains morceaux sous licence libre ou de libre
diffusion. De même, on est artiste SACEM ou pas : il n'y a pas de
granularité. On ne peut pas faire d'un côté des morceaux qu'on va diffuser
librement pour allécher le chaland et certains autres gérés par la SACEM :
c'est du tout ou rien. Il me semble avoir lu également que la SACEM gère les
droits rétroactivement d'un an à partir de la signature du contrat de gestion
de droits (si quelqu'un pouvait confirmer/infirmer ceci).
Les devoirs de chacun
Pour trouver un juste équilibre, chacune des parties devrait respecter ses
devoirs.
Le public tout d'abord. Il devrait respecter la loi, et ne pas télécharger
illégalement. Et si le besoin culturel se fait sentir, alors puiser dans le
vivier d'artistes qui proposent leurs oeuvres sous licence libre ou en libre
diffusion. Un petit tour sur jamendo.com et dogmazic.net permettent déjà de s'ouvrir à
d'autres musique, et pour les nostalgiques de la musique commerciale, il vous
reste deezer.com (même si
flash çapu) vu que je ne pense pas que jiwa soit devenu légal.
Les artistes ensuite. A eux de jouer le jeu, et diffuser une plus grande
partie de leur musique sous une licence libre ou de libre diffusion, histoire
que le public découvre de jeunes talents plus facilement, et rentre dans un
principe de "tu me donnes, je te récompense". Qui n'a jamais acheté un CD en
regrettant les 20€ dépensés après une ou 2 écoutes ? L'artiste qui permet une
distribution libre de sa musique fidélise aussi son public, qui se sent moins
pris dans une logique commerciale. Mon rêve est que l'on rentre dans une ère de
récompense au mérite : je découvre ton œuvre, et si je l'apprécie je te
récompense en monnaie sonnante et trébuchante. C'est le système de dons
qu'utilise (ou utilisait, je ne vois plus le bouton de dons ?) Jamendo, et
franchement, dans un monde idéal, ce serait super.
Et pour finir, l'industrie culturelle. Que l'industrie musicale se mette au
niveau. Aujourd'hui il est plus simple de télécharger illégalement de la
musique que de l'acheter. Plutôt que de tenter de complexifier le
téléchargement illégal, ils feraient mieux d'améliorer l'offre légale. Proposer
divers formats en plus des MP3 de qualité moyenne (dans le meilleur des cas) ou
de fichier protégés par DRM (dans le pire des cas). Avoir du Ogg/Vorbis, voire
même du FLAC leur permettrait de se mettre à niveau avec les artistes qui ont tout compris. Pour ce qui est des
distributeurs de cinéma, j'avais déjà testé la pauvreté des catalogues VOD
des fournisseurs d'accès. Sans compter les tarifs prohibitifs pour une
location dématérialisée...
Conclusion
Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Je suis loin d'avoir la
science infuse, mais en tout cas le texte HADOPI est clairement déséquilibré. A
mon avis ce texte sera adopté juste pour que la majorité ne perde pas à nouveau
la face, ne restera que le recours devant le conseil constitutionnel qui aura
une chance de remettre la France dans les rails de la révolution
numérique..
Bonus
Quelques slogans de la manif :
- "Albanel, démission"
- "Albanel, on ne veut pas de minitel", avec sa variante : "Albanel, retour
au minitel"
- "Franck Riester, retour à l'âge de pierre"
- "Anéfé, le texte est rejeté"
- "Public, artistes, unis contre HADOPI"
- "Non, non, non, au logiciel espion"
- "Présomption d'innocence, reviendras tu en France ?"
- "HADOPI, Sarkozy, cela rapporte à qui ?"
- "Albanel, tu te rates, on est pas tous des pirates"